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Bénin – Ignace Don Metok écrit à Patrice Talon : sa demande inattendue à quelques jours de la fin de son dernier mandat

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À quelques jours de la passation de pouvoir au Bénin, l’artiste chanteur Ignace Don Metok a adressé une lettre ouverte au président Patrice Talon. Dans ce texte à la fois respectueux et courageux, il plaide pour un geste de clémence historique : le retour des exilés politiques et la libération des détenus politiques, avant que le chef de l’État ne quitte le pouvoir.

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C’est sous la plume d’un « fiston » s’adressant à son « très cher Papa » que l’artiste chanteur béninois Ignace Don Metok a choisi d’interpeller le président Patrice Talon, à quelques jours de la fin de son dernier mandat. Un registre intime, délibérément choisi, pour porter un message d’une portée politique et humaine considérable.

Dans cette lettre ouverte rendue publique, l’artiste commence par rendre hommage au bilan du chef de l’État sortant : dix ans de profondes transformations dans les domaines des infrastructures, de la modernisation des institutions, de la sécurité, de l’attractivité économique et du rayonnement international du Bénin. Un bilan qu’il reconnaît « durablement marqué dans l’histoire contemporaine » du pays.

Le plaidoyer : un dernier acte fort avant de partir

Mais c’est au-delà du bilan que porte l’essentiel du message d’Ignace Don Metok. L’artiste appelle le président Talon à poser, avant son départ, ce qu’il qualifie de « dernier acte fort, historique et profondément humain » : favoriser le retour au pays de tous les Béninois ayant quitté le territoire dans des « circonstances particulières », et prendre des mesures de clémence en faveur des personnalités politiques actuellement en détention.

« Un tel geste ne serait nullement perçu comme une faiblesse, mais plutôt comme l’expression suprême de la sagesse d’un homme d’État soucieux de laisser derrière lui un héritage de paix, d’apaisement et d’unité nationale », écrit-il.

“Les infrastructures bâtissent les villes, la réconciliation bâtit les nations”

L’artiste développe une réflexion profonde sur ce qui fait la grandeur durable d’un homme d’État. Si les réalisations matérielles témoignent d’une vision du développement, c’est la capacité à rassembler, à pardonner et à réconcilier qui immortalise un leader dans la mémoire collective.

« L’histoire retient les bâtisseurs, mais elle les honore et les immortalise davantage pour leur capacité à unir leur peuple dans les moments de tension et de division », rappelle-t-il. « Les infrastructures bâtissent les villes, mais la réconciliation bâtit les nations. », at-il ajouté.

Une démarche respectueuse, sincère et sans ambiguïté

Ignace Don Metok prend soin de préciser que sa démarche n’est animée d’aucune mauvaise intention. Il présente ses excuses si certains de ses propos passés ont pu sembler déplacés, et affirme n’être guidé que par « un attachement sincère au pays et par le désir de voir triompher la paix, l’unité et la réconciliation entre tous les fils et filles de la nation ».

Il conclut sa lettre en citant nommément le président élu, Romuald Wadagni et lui souhaite d’être « éclairé par Dieu dans la recherche de la paix, de la justice et de l’unité nationale ». La balle est désormais dans le camp du chef de l’État.

Lire l’intégralité de la lettre

A mon très cher Papa,

Monsieur Patrice Talon

Président de la République du Bénin.

Monsieur le Président,

Alors que vous vous apprêtez, dans quelques jours, à transmettre les rênes de notre pays à votre successeur, il me paraît important de saluer le chemin parcouru sous votre conduite durant ces dix dernières années.

Notre nation a connu de profondes transformations dans plusieurs domaines essentiels : infrastructures, modernisation des institutions, sécurité, attractivité économique et rayonnement international. Beaucoup de vos actions auront durablement marqué l’histoire contemporaine de notre pays et témoigneront de votre volonté de bâtir un État plus fort, moderne et mieux organisé.

Au moment où s’ouvre une nouvelle page de notre histoire nationale, votre départ du pouvoir constitue également un temps de réflexion sur l’héritage que retiendra la postérité.

Excellence, toute grande œuvre politique trouve sa pleine grandeur dans la capacité à rassembler les fils et filles d’une même nation, au-delà des divergences et des opinions. Car une nation ne se construit véritablement que dans l’unité, le pardon et la réconciliation. Les peuples se souviennent surtout des actes qui rapprochent les hommes et réconcilient les cœurs.

C’est pourquoi je garde l’espoir qu’avant de quitter les plus hautes fonctions de l’État, vous puissiez poser un dernier acte fort, historique et profondément humain : celui de favoriser le retour au pays de tous les fils et filles ayant quitté le territoire dans des circonstances particulières, et de prendre des mesures de clémence en faveur des personnalités politiques en situation de détention liée au contexte national, afin qu’elles retrouvent la liberté.

Un tel geste ne serait nullement perçu comme une faiblesse, mais plutôt comme l’expression suprême de la sagesse d’un homme d’État soucieux de laisser derrière lui un héritage de paix, d’apaisement et d’unité nationale. Il viendrait couronner votre parcours à la tête de la nation et donnerait à votre bilan une dimension encore plus grande. Car une œuvre politique, aussi importante soit-elle, peut laisser un goût d’inachevé lorsqu’une partie des fils et filles du pays demeure éloignée de sa terre ou privée de liberté. Les infrastructures bâtissent les villes, mais la réconciliation bâtit les nations.

L’histoire retient les bâtisseurs, mais elle les honore,les immortalise davantage pour leur capacité à unir leur peuple dans les moments de tension et de division. Vous avez aujourd’hui l’occasion d’inscrire votre nom non seulement dans le développement de notre pays, mais aussi dans le rassemblement de son peuple.

Je crois qu’il est encore possible d’écrire cette dernière page, peut-être la plus belle. En quittant le pouvoir, vous pourriez laisser derrière vous une nation réconciliée avec elle-même, plus unie et plus apaisée, où chaque citoyen, quelles que soient ses convictions, retrouve pleinement sa place dans la maison commune.

Excellence Monsieur le Président,

Je tiens à vous exprimer mon profond respect et toute l’admiration que m’inspirent votre parcours, votre engagement et les nombreuses actions accomplies pour notre nation.

Si certains de mes propos ont pu être mal interprétés ou sembler déplacés, je vous prie sincèrement de bien vouloir recevoir mes excuses les plus respectueuses. Ma démarche n’a jamais été guidée par une mauvaise intention, mais plutôt par un attachement sincère à notre pays et par le désir de voir triompher la paix, l’unité et la réconciliation entre tous les fils et filles de la nation.

Que Dieu vous bénisse, bénisse notre nation et éclaire votre successeur — permettez-moi de citer mon cher frère Monsieur Romuald WADAGNI — dans la recherche de la paix, de la justice et de l’unité nationale.

Veuillez recevoir, très cher Papa, Monsieur le Président de la République, l’expression de mon profond respect et de ma très haute considération.

Votre fiston,

Ignace Don METOK

Artiste chanteur

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