Bénin : réserves de carburant, files d’attente et prix… les explications de Wilfried Léandre Houngbédji
Le Bénin disposerait désormais de réserves de carburant couvrant au minimum trois mois, voire six mois, contre un mois au mieux auparavant, selon Wilfried Léandre Houngbédji. Intervenant sur les difficultés d’approvisionnement observées dans les stations-service, le porte-parole du gouvernement a également expliqué les raisons de l’affluence, défendu la politique de maîtrise des prix et précisé les attentes des autorités à l’égard des distributeurs.
Les files d’attente observées ces dernières semaines dans plusieurs stations-service du Bénin ont relancé les interrogations sur la disponibilité des hydrocarbures. À Cotonou, à Porto-Novo et dans certaines localités de l’intérieur du pays, les automobilistes et motocyclistes ont parfois dû patienter avant de se procurer de l’essence. Face à cette situation, le ministère du Commerce a écarté l’hypothèse d’une pénurie. Une position que Wilfried Léandre Houngbédji, porte-parole du gouvernement, a défendue en évoquant une situation conjoncturelle que les autorités affirment maîtriser.
« C’est un constat que chacun a pu faire pendant quelques jours, effectivement, que sur certaines de nos stations à Cotonou, à Porto-Novo, comme à l’intérieur du pays, et j’en reviens justement, on a observé qu’il y avait quand même un peu plus d’affluence que d’habitude », a-t-il reconnu au cours d’un entretien consacré à l’actualité gouvernementale sur Bénin TV. Il estime toutefois que le Bénin fait face à cette situation dans des conditions relativement favorables par rapport à plusieurs pays voisins.
Des réserves de trois à six mois, selon Houngbédji
Pour expliquer cette capacité de résistance, le porte-parole du gouvernement a mis en avant les réformes engagées dans le système d’approvisionnement en hydrocarbures, ainsi que le développement des stations-service modernes sur le territoire national. Selon lui, ces mesures ont permis d’accroître les réserves disponibles.
« Imaginez que sur les années écoulées, il n’y a pas eu cette politique volontariste qui a consisté à faire se développer un peu partout dans le pays maintenant des stations de services modernes. Et plus encore, cette réforme ambitieuse, remarquable, que nous avions faite dans notre processus d’approvisionnement en hydrocarbures, ce qui nous permet d’avoir des réserves disponibles pour plusieurs mois, contrairement à ce que nous faisions avant, où au mieux on avait des réserves pour un mois. Aujourd’hui, à minima, nous avons des réserves pour un trimestre, voire un semestre », a-t-il déclaré.
Cette estimation correspondrait donc à une couverture comprise entre trois et six mois, selon les propos du porte-parole. Toutefois, l’entretien ne fournit ni le volume exact des stocks disponibles, ni les données relatives à la consommation nationale permettant de calculer cette durée. Les chiffres avancés restent ainsi des déclarations gouvernementales qui nécessitent des données officielles complémentaires pour être vérifiées indépendamment.
Pourquoi les files d’attente se multiplient-elles dans les stations ?
Au-delà de la question des stocks, Wilfried Léandre Houngbédji a avancé une explication liée aux habitudes d’approvisionnement des consommateurs. Selon lui, une part importante de la population se tourne habituellement vers le marché parallèle pour acheter de l’essence et du gasoil.
« En temps normal au Bénin, et cela ne vous échappera pas, 70 % à peu près des consommateurs d’essence et de gasoil, ils vont sur le marché alternatif, celui que vous appelez le marché de kpayo », a-t-il affirmé, en référence au marché communément appelé « kpayo ».
D’après son analyse, la conjoncture internationale a entraîné une hausse des prix sur ce circuit informel, rendant les stations-service officielles plus attractives pour les consommateurs soucieux de préserver leur pouvoir d’achat. « Or, cette conjoncture internationale fait que les prix du kpayo sont supérieurs à ceux des stations-service officielles », a-t-il expliqué.
Il poursuit : « Donc, le réflexe de l’agent économique, c’est quoi ? En temps normal, comme en temps de crise, il veut avoir le maximum de pouvoir d’achat, il veut dépenser moins. Donc, parce que l’essence dite Payot, donc de contre-vente, coûte plus cher, tous ceux qui allaient là-bas, ils ont tendance à se ruer vers les stations-service. Et c’est ça aussi qui explique les petites files. »
Le porte-parole a également relativisé l’ampleur des files d’attente. Évoquant ses observations sur le terrain, il a indiqué que les files atteignaient, dans les cas les plus importants qu’il dit avoir constatés, une cinquantaine à une centaine de mètres. Il a opposé cette situation à des files de plusieurs kilomètres qui lui auraient été rapportées dans d’autres pays.
Des prix contenus malgré la conjoncture internationale
La politique tarifaire constitue un autre argument avancé par Wilfried Léandre Houngbédji pour défendre la gestion gouvernementale de la situation. Selon lui, la hausse des prix des hydrocarbures au Bénin est restée limitée malgré les tensions sur le marché international.
« Et j’ajouterai à cela aussi, vous l’aurez remarqué également, les prix, malgré la conjoncture internationale, n’ont pas tant flambé chez nous. Même l’augmentation qui est intervenue, elle a été contenue dans une proportion relativement acceptable », a-t-il déclaré.
Le porte-parole est allé plus loin en affirmant que les prix auraient pu augmenter davantage si le gouvernement avait appliqué intégralement les prix du marché. Il a attribué cette décision à un arbitrage du chef de l’État visant à limiter les répercussions sur les consommateurs béninois.
« Et je peux vous dire qu’objectivement, on aurait pu relever les prix bien plus que ce qui a été fait. Mais le chef de l’État a procédé à un arbitrage pour dire : “Oui, la réalité des prix aurait pu être celle-ci, mais pour les contribuables béninois, je souhaite que vous n’alliez pas au niveau que la conjoncture impose.” »
Il a ensuite établi un lien entre la disponibilité des réserves et la possibilité de contenir la hausse tarifaire : « Et parce que nous avions cette politique qui nous permet d’avoir un peu de réserve quand même pour gérer un trimestre, voire un semestre parfois, ça a rendu possible cette politique qui a consisté à ne pas appliquer le juste prix qui aurait dû être celui du marché, comme dans la plupart des pays autour de nous et dans le monde. ».
Ces déclarations présentent les réserves comme un levier permettant d’amortir les fluctuations des prix. Elles ne précisent toutefois pas les mécanismes de calcul des prix, les coûts d’approvisionnement concernés ou l’incidence chiffrée des stocks sur les tarifs pratiqués au Bénin.
Un délai de 48 heures pour améliorer le service
Si le gouvernement estime maîtriser la situation, il a néanmoins demandé aux promoteurs des stations-service de régulariser leurs prestations dans un délai de 48 heures. Interrogé sur cette injonction, Wilfried Léandre Houngbédji a expliqué qu’elle visait notamment à améliorer la rapidité du service et à éviter les attentes prolongées.
« Le gouvernement demande en fait à nos partenaires de faire plus d’efforts, soit dans la rapidité du service, soit dans les approvisionnements des stations-service elles-mêmes, afin que, quand les gens arrivent, ils n’aient pas besoin de faire une queue de 50 ou 100 mètres ou d’attendre 10, 15 minutes pour se faire servir. Au fond, c’est le message que Mme la ministre du Commerce a voulu leur faire passer », a-t-il précisé.
Le porte-parole a également été interrogé sur les difficultés que pourraient rencontrer les opérateurs du secteur. Il s’est montré réservé sur l’hypothèse de problèmes majeurs d’approvisionnement ou de fonctionnement.
« Je suis convaincu que, s’ils avaient des difficultés vraiment majeures, ils les auraient remontées déjà au ministère du Commerce, et donc c’est peut-être qu’ils n’avaient pas eu aussi la bonne approche pour gérer cette conjoncture, et c’est ça qui a fait que le ministère du Commerce a dû les rassembler pour échanger avec eux », a déclaré Wilfried Léandre Houngbédji.
Entre disponibilité des stocks et réalité sur le terrain
Les explications de Wilfried Léandre Houngbédji reposent sur trois arguments principaux : l’augmentation des réserves nationales, le report d’une partie des consommateurs du marché parallèle vers les stations officielles et la volonté de limiter la hausse des prix à la pompe. Le délai de 48 heures accordé aux promoteurs des stations-service traduit parallèlement l’attente des autorités d’une amélioration rapide des conditions de distribution.
Une question demeure toutefois essentielle : si les réserves permettent réellement de couvrir trois à six mois de consommation, quelle est la situation précise des stocks disponibles et comment les produits sont-ils acheminés jusqu’aux stations-service ?

